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En janvier 2026, un événement discret mais lourd de conséquences a marqué l’économie mondiale : l’entrée en service de l’unit, une monnaie numérique portée par les pays du bloc BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Loin d’un simple effet d’annonce, cette nouvelle devise est pensée comme un outil opérationnel destiné à faciliter les échanges commerciaux entre ses membres sans recourir au dollar américain. Ce lancement ne signe pas la fin brutale du système monétaire actuel, mais il ouvre une brèche dans un ordre financier qui semblait jusqu’ici sans véritable alternative.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le dollar s’est imposé comme la pierre angulaire du commerce international. Matières premières, énergie, dettes souveraines : tout ou presque passait par la devise américaine. Cette domination a conféré aux États-Unis un avantage stratégique majeur, souvent qualifié de « privilège exorbitant », leur permettant d’emprunter à faible coût, de maintenir des déficits élevés et d’exercer une influence géopolitique considérable via le contrôle des circuits financiers mondiaux. Pendant longtemps, aucune monnaie n’a été en mesure de rivaliser sérieusement avec ce statut.
L’unit ne prétend pas renverser cet équilibre du jour au lendemain. Sa logique est différente : créer un système parallèle, capable de fonctionner sans dépendre des infrastructures dominées par l’Occident. Concrètement, cette monnaie numérique repose sur une architecture hybride. Quarante pour cent (40%) de sa valeur serait indexée sur de l’or physique, stocké dans des réserves sécurisées. Ce choix n’est pas anodin. Il vise à ancrer la devise dans un actif tangible, universellement reconnu, et à envoyer un signal de stabilité dans un monde monétaire souvent perçu comme excessivement financiarisé.

Les soixante pour cent ( 60%)restants seraient adossés à un panier de monnaies nationales des pays BRICS, incluant notamment le yuan chinois, la roupie indienne et le rouble russe. Cette composante repose sur le poids économique combiné du bloc : croissance soutenue, ressources naturelles abondantes, capacités industrielles majeures et une population représentant près de la moitié de l’humanité. L’unit se présente ainsi comme un compromis entre un ancrage traditionnel et une projection vers l’avenir, conçue pour être à la fois défensive et stratégique.
La genèse de ce projet s’inscrit dans un contexte géopolitique précis. En 2022, le gel d’une partie substantielle des réserves financières russes par les pays occidentaux, à la suite du conflit en Ukraine, a agi comme un électrochoc. Pour de nombreux États, cet épisode a mis en lumière une réalité inconfortable : le système financier international pouvait être utilisé comme un levier politique, voire comme une arme. À partir de là, la recherche d’alternatives est devenue une priorité stratégique pour plusieurs puissances non alignées.
L’unit incarne cette volonté de bâtir un plan B. Il ne s’agit pas tant de provoquer une confrontation directe avec le dollar que de réduire une vulnérabilité perçue comme excessive. Dans cette optique, certaines dynamiques étaient déjà à l’œuvre bien avant le lancement officiel de la nouvelle monnaie. Les échanges entre la Russie et la Chine, par exemple, s’effectuent aujourd’hui très majoritairement sans passer par le dollar, grâce à des règlements directs en roubles et en yuans. Ce partenariat a servi de laboratoire à grande échelle, démontrant qu’un commerce international alternatif était possible.
L’élargissement progressif du bloc BRICS renforce la portée potentielle de l’unit. L’intégration de nouveaux membres ou partenaires stratégiques, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, élargit la base démographique et économique susceptible d’utiliser ce système. Pour de nombreux pays émergents, souvent lourdement endettés en dollars et exposés aux variations de la politique monétaire américaine, disposer d’une option supplémentaire représente un enjeu de souveraineté autant qu’un calcul économique.
L’impact de l’unit pourrait également se faire sentir sur le marché de l’or. Si une partie significative des échanges et des réserves liées à cette monnaie repose sur le métal jaune, la demande institutionnelle pourrait s’intensifier. Or, l’offre mondiale d’or reste structurellement limitée, ce qui alimente des anticipations de hausse des prix. Certains acteurs financiers évoquent déjà des scénarios de valorisation très élevée à moyen terme, en cas d’adoption élargie du système.
Pour les États-Unis, le défi est moins immédiat que structurel. L’unit ne provoque pas un effondrement du dollar, mais elle introduit un élément d’érosion progressive. Chaque transaction réalisée en dehors de la devise américaine réduit marginalement la demande globale qui soutient son statut. À long terme, cette dynamique pourrait contraindre Washington à composer avec un monde monétaire plus fragmenté, où l’influence passe davantage par la négociation que par l’évidence.
Toutefois, le principal test de l’unit se situe au sein même des BRICS. Le bloc rassemble des pays aux intérêts parfois divergents, voire concurrents. Les relations complexes entre la Chine et l’Inde, les dépendances économiques de certains membres vis-à-vis des marchés occidentaux, ou encore les priorités politiques changeantes du Brésil, constituent autant de défis pour la cohésion du projet. Une monnaie, même partiellement partagée, suppose un haut niveau de coordination et de confiance, notamment en période de crise.
En définitive, l’unit ne marque pas la fin du dollar, mais le début d’un monde plus multipolaire sur le plan financier. Pendant des décennies, l’absence d’alternative crédible a figé l’ordre monétaire international. Désormais, une option existe, imparfaite et encore expérimentale, mais suffisamment structurée pour être prise au sérieux. Le système mondial ne bascule pas d’un coup ; il se complexifie. Et dans cette recomposition progressive, l’unit s’impose comme l’un des symboles les plus révélateurs d’un changement d’époque.
Pae César S.








































































