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Le Togo poursuit sa transition institutionnelle. Ce samedi 3 mai 2025, Faure Essozimna Gnassingbé a été officiellement désigné Président du Conseil, devenant ainsi le principal détenteur du pouvoir exécutif dans le cadre de la Ve République togolaise. Cette annonce a été faite lors d’une séance plénière solennelle de l’Assemblée nationale, en présence des parlementaires et des hauts responsables de l’État.
Cette désignation s’inscrit dans la mise en œuvre de la Constitution du 6 mai 2024, qui opère un changement de régime profond, faisant passer le pays d’un système présidentiel à un régime parlementaire. L’article 47 de ce nouveau texte fondamental précise que le chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, ou celui de la première formation d’une coalition majoritaire devient de plein droit Président du Conseil, dès lors que les résultats définitifs des élections législatives ont été proclamés par la Cour constitutionnelle.
Le 30 avril dernier, le parti Union pour la République (UNIR), au pouvoir depuis plus d’une décennie et vainqueur des dernières élections législatives, a transmis officiellement le nom de Faure Gnassingbé à la présidence de l’Assemblée nationale. Cette notification a immédiatement déclenché le processus formel de désignation, confirmé sans contestation par les organes compétents.

Kodjo Adedze, président de l’Assemblée nationale, a salué cet événement comme un moment historique pour le pays. « La désignation du Président du Conseil représente non seulement un jalon important dans la mise en œuvre de notre Constitution, mais également une avancée significative dans notre histoire politique collective. Mieux encore, elle marque le début d’une nouvelle ère pour notre pays », a-t-il déclaré devant l’hémicycle réuni en plénière.
Ce basculement institutionnel, s’il se veut modernisateur selon ses promoteurs, ne bouleverse pas la réalité du pouvoir en place. En effet, Faure Gnassingbé, président de la République depuis 2005, conserve l’essentiel des prérogatives exécutives dans ses nouvelles fonctions. En tant que Président du Conseil, il devient le véritable chef de l’exécutif : il dirige le gouvernement, conduit la politique extérieure, est responsable de la sécurité nationale, et reste le chef suprême des armées.
Autrement dit, si les titres changent, les équilibres de pouvoir demeurent. Le passage à un régime parlementaire réorganise la distribution des rôles, mais sans altérer le centre de gravité politique. Le Président du Conseil est désormais l’homme fort du système, tandis que le Président de la République, fonction confiée à Jean-Lucien Savi de Tové le même jour, assure une mission essentiellement honorifique et représentative.
Ce changement de régime a toutefois suscité des réactions contrastées. Si le pouvoir vante une modernisation inspirée des modèles parlementaires européens, l’opposition y voit une manœuvre destinée à maintenir Faure Gnassingbé au sommet de l’État sans passer par une élection présidentielle directe. Plusieurs partis d’opposition ont dénoncé un « coup de force constitutionnel » visant à prolonger le règne d’un président en poste depuis près de vingt ans.
Malgré ces critiques, le processus institutionnel suit son cours, encadré par les nouvelles dispositions constitutionnelles. La nomination du Président du Conseil intervient ainsi comme une étape centrale de la mise en œuvre de la Ve République, confirmant que le pouvoir exécutif est désormais indissociablement lié à la majorité parlementaire.
Faure Gnassingbé, fort de sa légitimité électorale à la tête de l’UNIR, entame donc un nouveau mandat sous une nouvelle appellation, mais avec les mêmes leviers de commande. Un changement de forme plus que de fond, dans un paysage politique que ce virage constitutionnel entend pourtant redéfinir.
Par César.












































































