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La Chine n’a pas simplement avancé ses pions : elle a reconfiguré l’ordre mondial. Tandis que Donald Trump augmentait les droits de douane, Pékin signait le plus grand pacte commercial de la planète. Un accord représentant 25 000 milliards de dollars de PIB et deux milliards d’habitants… sans la moindre signature américaine.
Aujourd’hui, les choses ont changé. Le pétrole du Golfe se vend de plus en plus sans passer par le dollar américain, et des normes technologiques pensées à Pékin régissent une grande partie de l’Asie du Sud-Est. L’Occident, quant à lui, regarde tout cela de loin, exclu du jeu.
Ce n’est plus simplement une affaire de BRICS. Ce qui se joue aujourd’hui est bien plus vaste, bien plus rapide, et surtout, déjà bien ancré. Si vous pensiez que l’Amérique dirigeait encore le commerce mondial, il est grand temps de revoir vos priorités. Ce qui s’est passé à Kuala Lumpur-Sinté aurait dû vous alerter. La Chine n’a pas juste été présente à ce sommet, elle l’a orchestré, comme un chef d’orchestre dirigant une symphonie mondiale.
Ce sommet a vu la formation d’une alliance de 25 000 milliards de dollars, réunissant les pays de l’Asie 1, du Golfe et l’ensemble de son réseau industriel. Un groupe représentant plus de 2,15 milliards de personnes, dont le PIB est désormais équivalent à celui des États-Unis et de l’Union européenne réunis. Et pourtant, dans les médias occidentaux, cette nouvelle a presque disparu des radars.
Si l’on en croit les experts du FMI, la Chine et ses alliés asiatiques représentent désormais plus de 55 % de la croissance économique mondiale. Ensemble, ils forment la plus puissante machine économique de la planète. Pour vous donner une idée, en 2024, les échanges commerciaux entre la Chine et les pays de l’ASEAN ont franchi les 982 milliards de dollars. Pendant ce temps, les exportations américaines ont pris un sérieux coup de froid, avec une chute de 27 % des exportations vietnamiennes vers les États-Unis. Pendant que Washington se réfugiait dans ses politiques protectionnistes, Pékin, lui, lançait la version 3.0 de l’accord ACFTA, bien plus qu’une simple relation commerciale : il s’agit désormais de règles numériques, de normes ESG, et d’énergies vertes – des domaines où l’engagement américain reste, pour le moins, timide.
Un autre tournant majeur s’est joué avec l’inauguration de projets d’infrastructure pharaoniques. Prenez, par exemple, le train de fret ASEAN Express, qui relie désormais la Malaisie à Chongqing. Ce train a réduit les coûts de transport de 17 %, tout en redéfinissant les routes commerciales en Asie du Sud-Est. Dans le même esprit, le TGV Jakarta-Bandung, financé en grande partie par la Chine, a déjà transporté plus de 9 millions de passagers, un chiffre impressionnant pour un projet qui n’a même pas encore cinq ans d’existence.
Ces infrastructures ne sont pas simplement des constructions physiques, ce sont des liens qui transforment les relations économiques en dépendances stratégiques. La Chine s’est ainsi ancrée dans les chaînes de production de l’ASEAN, redéfinissant l’économie régionale à son image.
Et si vous pensiez que ces mouvements étaient unidirectionnels, détrompez-vous : les entreprises chinoises déplacent aussi leurs usines et leurs centres de production vers des hubs industriels en Asie du Sud-Est, en contournant au passage les sanctions américaines.
LE DEDOLLARISATION EN MARCHE
Pendant ce temps, un phénomène discret, mais d’une portée colossale, se produit : le déclin du dollar comme monnaie de réserve mondiale. L’Arabie Saoudite, par exemple, a déjà transféré 30 % de ses ventes de pétrole dans d’autres devises que le dollar. Le CCG (Conseil de coopération du Golfe) compte faire passer ses échanges avec l’ASEAN de 130 à 180 milliards de dollars d’ici 2032, et la Chine, fidèle à sa stratégie, a annoncé qu’elle alignerait désormais ses priorités avec celles du Golfe et de l’ASEAN. Ce n’est plus une question de simples accords bilatéraux : c’est un véritable écosystème trilatéral qui prend forme.
Une étape symbolique a été franchie en mars 2025, quand TotalEnergies a signé un contrat de gaz naturel liquéfié (GNL) avec la Chine… le tout, en yuan, la devise chinoise. Un basculement historique qui marque un tournant pour le pétrodollar, qui règne en maître sur les transactions mondiales depuis les années 1970.
L’ÉMERGENCE D’UN INTERNET A L’EST
Le commerce n’est pas le seul secteur à être redéfini. Les géants technologiques chinois, comme Huawei, ne se contentent plus de vendre des équipements ; ils sont en train de bâtir des architectures numériques entières. En Thaïlande, Huawei contrôle les infrastructures 5G, et des centres d’IA émergent à Singapour et en Malaisie, soutenus par l’État chinois. Ces projets ne sont pas des exportations classiques, mais des partenariats à long terme, verrouillés par des contrats de 10 à 15 ans, souvent associés à des clauses sur la souveraineté des données.
L’Asie du Sud-Est devient ainsi une nouvelle plaque tournante numérique, où la Chine ancre ses centres de calcul pour contourner les restrictions américaines sur les semi-conducteurs. Résultat : une explosion des investissements chinois dans des centres de données dans cette région, avec une hausse de 36 % en deux ans.
UN NOUVEL ORDRE MONDIAL EN GESTATION
Pendant que les États-Unis restent prisonniers de leurs anciens paradigmes, Pékin, de son côté, bâtit des alliances multisectorielles juridiquement contraignantes, telles que le RCEP (Partenariat économique régional global) et la CFTA 3.0. À terme, un accord de libre-échange Chine-CCG pourrait voir le jour d’ici 2026, modifiant radicalement les relations commerciales mondiales.
Et ce n’est pas seulement une question de produits ou de services : l’enjeu est de plus en plus politique. La Chine et ses partenaires ont lancé une feuille de route pour 2045, un plan stratégique visant à renforcer l’intégration numérique, l’harmonisation des législations commerciales et la coopération industrielle. Ces objectifs ambitieux, portés par des acteurs comme l’ASEAN, pourraient redéfinir les équilibres mondiaux, mais des obstacles subsistent : les disparités juridiques, les problèmes d’acquisition de terres et de gouvernance.
En somme, la Chine n’est pas en train de créer un bloc concurrent aux États-Unis, comme les BRICS. Non, elle est en train de bâtir, tranquillement mais fermement, une architecture parallèle. Un monde qui se construit sur des rails numériques, alimenté par l’énergie du Golfe et ancré dans les infrastructures chinoises.
L’Occident semble résigné, en train de regarder son pouvoir s’effacer, peu à peu. Washington, dans sa quête d’indépendance économique, a multiplié les sanctions et les décrets. Pékin, quant à elle, bâtit des ponts d’une solidité bien plus durable.
Au cœur de ce changement, il y a une question qui émerge, de plus en plus pressante : sommes-nous témoins de la naissance d’un nouvel ordre mondial, ou s’agit-il simplement d’une illusion géopolitique de plus ? Les cartes sont-elles en train de se redessiner ? Ou est-ce l’Occident qui s’auto-exclut, petit à petit, du jeu mondial ?
Par Cesar S.







































































