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Alors que Donald Trump revient à la Maison-Blanche en 2025, il a immédiatement haussé le ton et promet de « détruire » les BRICS à coups de sanctions tarifaires, l’organisation du Sud global affiche une dynamique impressionnante. Élargie à vingt membres, forte de la majorité de la population mondiale et de 44 % du PIB en PPA, elle accélère son combat pour un nouvel ordre mondial multipolaire, fondé sur la souveraineté, la coopération et la dédollarisation.
Dès son retour au pouvoir, Donald Trump a relancé la guerre commerciale contre les BRICS. Lors d’une conférence de presse, il a menacé d’imposer des droits de douane de 100 % à tout pays membre de l’alliance s’attaquant au dollar. Il est même allé jusqu’à affirmer que « les BRICS sont morts » dès qu’il les avait évoqués, se moquant de ses prédécesseurs, Obama et Biden, qu’il accuse d’avoir « laissé ces pays nous tenir par la gorge ».
Mais ces déclarations relèvent davantage de la posture que de la réalité. Les BRICS sont non seulement vivants, mais en pleine expansion. En juillet 2025, le sommet organisé à Rio de Janeiro a réuni non seulement les dix membres officiels : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Émirats Arabes Unis, Indonésie et Iran, mais aussi dix nouveaux partenaires : le Bélarus, la Bolivie, Cuba, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, la Thaïlande, l’Ouganda, l’Ouzbékistan et le Vietnam.
Cette coalition élargie, désormais surnommée BRICS20, représente 56 % de la population mondiale (4,5 milliards d’habitants) et 44 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. Une force économique et démographique incontestable.
Malgré ses menaces initiales, Trump a fini par revoir ses ambitions à la baisse. De 100 %, il est passé à 10 % de droits de douane dans un message publié sur Truth Social, son réseau. Une reculade qui trahit les limites de sa stratégie, face à la dépendance des États-Unis vis-à-vis des importations chinoises et des partenaires des BRICS.

DE-DOLLARISATION, SOUVERAINETE MONETAIRE ET NOUVELLES INSTITUTIONS
Le sommet de 2025 a mis l’accent sur un chantier prioritaire : la dédollarisation. Lula da Silva, président du Brésil et hôte du sommet, a rappelé que le monde devait « cesser de passer systématiquement par le dollar » pour ses échanges commerciaux. Il a également relancé le débat sur la création d’une nouvelle monnaie internationale commune aux BRICS.
Dans cette dynamique, la Nouvelle Banque de Développement (NDB), dirigée par Dilma Rousseff, ancienne présidente brésilienne, joue un rôle essentiel. Sous son impulsion, la banque accorde de plus en plus de prêts en monnaie locale. En parallèle, la Colombie et l’Ouzbékistan ont rejoint l’institution, marquant un tournant stratégique, notamment pour Bogotá, historiquement proche des États-Unis.
Parallèlement, le CRA (Accord de Réserve Contingente), moins connu mais tout aussi crucial, offre une alternative au FMI en cas de crise de liquidité. À la différence du FMI, le CRA ne conditionne pas son aide à des réformes néolibérales : pas de privatisations massives, pas de coupes dans les services sociaux. Cette approche souverainiste renforce l’attrait des BRICS pour de nombreux pays du Sud.
La déclaration finale de Rio de Janeiro, longue de plus de 30 pages, insiste sur le renforcement des systèmes de paiement transfrontaliers, la coopération interbancaire, l’investissement intra-BRICS et la mise en œuvre de financements en monnaie locale. Les BRICS ne cherchent plus seulement à commercer hors dollar : ils veulent aussi investir, prêter et se financer sans lui.
Dilma Rousseff l’a résumé ainsi : « Toute entreprise ou tout gouvernement qui emprunte en devise étrangère devient tributaire des décisions des banques centrales étrangères. » C’est cette dépendance que les BRICS entendent briser progressivement.
VERS UN NOUVEL ORDRE MONDIAL MULTIPOLAIRE
Ce sommet a aussi été politique. Lula da Silva a multiplié les déclarations dénonçant l’ordre mondial actuel, jugé néocolonial. Il a critiqué le FMI et la Banque mondiale, accusés de servir les intérêts des puissances occidentales et des géants de la finance comme BlackRock. Il a plaidé pour une réforme radicale du Conseil de sécurité de l’ONU et une nouvelle gouvernance mondiale plus équitable.
Le président brésilien a rappelé que 61 % de la dette des pays en développement est détenue par des créanciers privés, dont 73 % en Amérique latine sont basés aux États-Unis. Ces créanciers spéculent sur les défauts de paiement pour s’enrichir via des « fonds vautours ». Lula propose une justice fiscale mondiale et la taxation des milliardaires, dénonçant un système où 0,0001 % de la population mondiale (3 000 milliardaires) détiennent plus de 6 500 milliards de dollars.
De son côté, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a évoqué l’héritage du mouvement des non-alignés, en saluant le rôle historique des leaders du Sud global comme Nehru, Sukarno ou Nkrumah. Il a rappelé que son pays, la Malaisie, avait déjà engagé des échanges commerciaux en monnaies locales avec la Chine, l’Indonésie et la Thaïlande, et appelé à des actions concrètes.
Le sommet s’est aussi déroulé dans un contexte géopolitique tendu. Cuba, toujours sous blocus américain depuis plus de 60 ans, a été officiellement accueilli comme partenaire. Le Mexique, pourtant principal partenaire commercial des États-Unis, a envoyé un émissaire de haut niveau, en signe d’indépendance stratégique. La Colombie, autre allié historique de Washington, a également rejoint la banque des BRICS malgré les menaces d’ingérence révélées récemment.
Le président russe Vladimir Poutine a participé par visioconférence, en raison du mandat de la CPI à son encontre. Xi Jinping s’est fait représenter par son Premier ministre, Li Qiang, pour donner davantage de visibilité aux autres voix du Sud. Quant au président iranien, il a annulé sa venue en raison du conflit ouvert entre son pays, les États-Unis et Israël.
Les absences de ces figures ont été instrumentalisées par les médias occidentaux, qui y ont vu des signes de division. En réalité, les BRICS avancent. Et l’objectif est clair : construire un monde multipolaire, décoloniser l’économie mondiale et résister à l’hégémonie américaine.
Par César S.







































































