L’ENCOMBREMENT ANARCHIQUE DES VOIES PUBLIQUES : DE LA NECESSITE POUR LES NOUVEAUX MAIRES DE RETABLIR L’ORDRE

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Le chômage, le déficit des ressources économiques et l’insuffisance de la production sont autant de maux qui minent aujourd’hui la société africaine en général et togolaise en particulier. Les Programmes d’ajustement structurel (PAS) adoptés par le Togo et d’ailleurs, tous les autres pays africains en réaction à cette situation ont eu des effets pervers sur les populations, notamment les groupes les plus démunis. Pour atténuer Ces effets négatifs sur les groupes vulnérables, pour les pays en développement ont opté pour la promotion l’entreprenariat. Il était donc devenu urgent pour les Etats de forger une conscience basée sur l’initiative privée ou l’effort personnel.

 Dans ce contexte de volonté politique, beaucoup de métiers du secteur informel ont vu le jour. Cette réalité sociale prend ces derniers temps, une ampleur importante et inquiétante dans la ville de Lomé et ses alentours à telle enseigne que les trottoirs, les places publiques et même les carrefours sont devenus des lieux de commerce et d’ateliers de tout genre. Les trottoirs sont devenus pour bon nombre de citadins les principaux lieux d’exercice de leurs activités, les détournant ainsi de leur fonction et de leur usage premier, à savoir le passage des piétons. Les mouvements quotidiens de chaque jour entre Lomé et ses banlieues ou sa périphérie sont exacerbés par ces occupations anarchiques des voies. L’analyse des modalités d’occupation et de gestion de la voie publique nous amène, d’une part, à caractériser les occupants afin de comprendre le phénomène d’occupation des trottoirs et appeler les autorités à rétablir l’ordre. 

CARACTERISTIQUES DES OCCUPANTS

Les occupants des voies publiques ont des caractéristiques très variées. Ils sont majoritairement des jeunes (de 14 à 45 ans). Ils viennent d’horizons géographiques divers, avec évidemment une prédominance des Togolais. Cette catégorie de jeunes exercent plusieurs activités sur les voies, entre autres, la vente de véhicules, la restauration, la menuiserie, le lavage moto/auto, les buvettes, la mécanique auto/moto et le commerce de tout genre. Mais il faut noter que les étrangers y sont aussi représentés notamment les nigérians et les maliens surtout dans le petit commerce. Quant aux Sénégalais, on les rencontre particulièrement dans la restauration, la couture, la bijouterie et la vente des statues ou des objets d’art. Il faut retenir aussi que parmi les nigérians, les Yoruba encore appelés « les banquiers sous l’arbre » constituent de véritables agents de changes informels alors que les Ibos spécialisés dans la friperie constituent une minorité importante. Le métier de coiffeur (hommes) et de vulcanisateur est le domaine de prédilection des Fons (Bénin). Les activités qui y sont exercées, nécessitent chacune une autorisation d’installation de la mairie. 

GESTION DES VOIES PUBLIQUES PAR LA MUNICIPALITE

La capitale Lomé et ses environs sont confrontés au flux d’individus venus de tous les horizons, occupant les trottoirs. Pour gérer l’informel, la commune dispose de plusieurs services, entre autres, les services techniques qui  donnent un avis sur l’opportunité ou non d’installer une ou des activités sur une parcelle d’espace public et les services financiers qui assurent leur recensement et leur taxation. Depuis les mois de Juillet-Aout 2010, ces services ont essayé, avec l’appui des forces de l’ordre, d’assainir le secteur en déguerpissant des occupants des emprises des voies en général et des trottoirs en particulier. 

 Le commerce de la rue prend une ampleur inquiétante. Ainsi, autour des marchés, l’affluence est forte non seulement dans les boutiques mais aussi sur les trottoirs préalablement destinés aux piétons et sur la chaussée réservée aux automobiles. Ce qui amène un agent de la commune d’Agoè-Nyivé 1 qui a voulu garder l’anonymat, à inviter la population à mettre en application les arrêtés municipaux qui réglementent l’occupation des espaces publics. « Il faudrait également organiser à l’endroit des populations des séances de sensibilisation, des opérations de contrôle et de répression mais aussi gérer rationnellement les étalages sur les trottoirs », a-t-il poursuivi. Un autre agent municipal, se demandait si « les mesures les plus radicales pourraient-elles atteindre leurs cibles quand on sait que les dérapages actuels proviennent de la violation des dispositions déjà existantes ? On intervient aujourd’hui, ils reviennent s’installer demain »

IMPACTS DE L’OCCUPATION DES TROTTOIRS SUR LES RIVERAINS

Une anarchie totale est notée sur les rues et ruelles de Lomé et ses environs. Les trottoirs, réservés aux piétons sont presque ou pratiquement occupés par plusieurs activités informelles et les véhicules stationnés de manière irrégulière rendant difficile la circulation des personnes et des vehicules. Une situation que les usagers « dénoncent avec la dernière énergie ».

Ainsi, ils appellent les autorités municipales et étatiques à prendre des mesures nécessaires pour freiner ce phénomène qui commence à prendre de l’ampleur dans certaines artères de la capitale. « On a l’habitude de dire que la chaussée est faite pour les voitures et le trottoir pour les piétons. Mais sur certaines rues, le constat est tout autre », a fait observer un riverain de la bretelle GTA-Attikoumé. 

« Les automobilistes font la loi partout dans la ville en stationnant leurs voitures n’importe où et n’importe comment. Des véhicules sont mal stationnés à chaque coin des rues. Pire encore certains automobilistes décident purement et simplement de garer leurs véhicules sur la route,  ce qui gêne la circulation et parfois provoque des accidents », renchérit M. Dominique Koffi, un agent de de santé dans une structure de la place. 

« Les trottoirs sont devenus les lieux d’implantations ou d’exercice de n’importe quelle activité à Lomé et ses banlieues. Vous ne pouvez plus passer librement sur les trottoirs du fait que des menuiseries, des ateliers de mécanique, des baraques de toutes sortes y sont installés », déplore Madame Rose Attati, agent d’une institution de micro finance interrogée dans le quartier Bè-Kpota. 

 « S’il vous arrive d’emprunter la nationale No 1 au niveau du carrefour Leader Price jusqu’à l’Echangeur ou de Leader Price au marché d’Agoè-Assiyéyé, vous comprendrez comment les piétons peinent à se déplacer », a confié M. Sité Gaston avant d’ajouter que les piétons partagent pratiquement la chaussée avec les véhicules et si « vous ne faites pas attention, vous risquez de vous faire renverser ». 

Magloire Ayi, enseignant à la retraite, rencontré à Amoutiévé, un quartier de Lomé, dénonce cette situation qu’il juge « anormale ». « A Lomé, il y a beaucoup de voitures actuellement. Ce qui fait que les gens ont du mal à trouver une place de stationnement », a-t-il dit. M. Ayi déplore le manque d’infrastructures routières pour les véhicules en détresse ou pour des conducteurs sentant le besoin de se reposer. Tout ceci devrait être pris en compte pendant la conception des projets de construction des routes. De plus, certains citoyens achètent un ou plusieurs véhicules sans se soucier au préalable d’aménager un espace pour  contenir les accueillir. « Ce désordre commence à prendre de l’ampleur. Le plus grave dans tout ça, c’est le silence total des autorités qui laissent faire », a souligné M. Sikpé. 

Pour sa part, Dansou vendeur de cosmétique met tout sur le dos de la municipalité. « Pour moi, c’est la mairie qui est le principal responsable de cette anarchie. Car, ses agents perçoivent des taxes chez les occupants comme si leur présence sur les trottoirs était légale ».

 Plus loin, Mme Victoria détentrice d’un restaurant depuis 4 ans et légalement installé à Adidogomé dénonce ce phénomène qui est vraiment déplorable. « Les occupants des trottoirs n’ont aucun respect pour les usagers que nous sommes. C’est inacceptable », a-t-elle dit.

L’occupation des voies publiques est devenue finalement l’éternel problème entre des commerçants et les riverains d’une part et des commerçants et piétons d’autre part. Les nouvelles communes doivent prendre des dispositions idoines pour  ne pas tomber dans les mêmes erreurs que les délégations spéciales qui ont été inefficaces face à ce phénomène. Les occupations en plus de leur caractère anarchique et/ou informel ont des conséquences négatives sur le développement de la ville tout en indisposant les riverains. Ces conséquences sont, entre autres, l’insalubrité, l’encombrement, la nuisance et la pollution sonore ainsi que de la défiguration du paysage et de l’esthétique urbaine. Les occupants ne respectent pas les normes de propretés quand ils s’installent. En outre, ils disposent rarement de poubelles et ne ramassent pas régulièrement les déchets qu’ils produisent. Quant à la pollution sonore, elle touche particulièrement les populations riveraines. « Les occupations anarchiques donnent à la ville une image moins attrayante », déplorent la plupart des usagers.         

 Daniel H.

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