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INTERVIEW: REGARD DE LA PRESIDENTE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE SUR L’AUTONOMISATION DE LA FEMME AU TOGO

La présidente de l’Assemblée nationale, Chantal Yawa Tsègan, en visite officielle en Egypte du 21 au 25 août 2019, a accordé au journal « le salon du progrès Egyptien », une interview relative à l’autonomisation de la femme au Togo que le Magazine « Delta info » a repris pour ses lecteurs.

 Le salon du progrès Egyptien : Madame la présidente  bonjour …  En tant que femme au perchoir de l’assemblée nationale togolaise quel regard portez –vous sur l’autonomisation de la femme au Togo?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Je voudrais, au prime abord, vous remercier pour l’opportunité que vous nous donnez pour aborder cette question fondamentale qui concerne le développement de nos sociétés. Comme l’exprime si bien Kofi Annan, ancien secrétaire générale de l’Organisation des Nation-Unies et grand humaniste, « Il n’y a pas d’outil de développement plus efficace que l’autonomisation des femmes ». Sur ce point, il appartient à la femme non seulement de comprendre son rôle au sien de la société, mais surtout de l’assumer dans toutes ses dimensions. A l’évidence, le développement de toute société se doit d’être pensé de façon  holistique et inclusive en tenant compte de la participation de tous les acteurs, l’homme comme femme à l’enracinement d’une société juste et équilibrée. Vous l’aurez compris, il s’agit de donner à la femme l’opportunité d’apporter toute sa contribution au développement harmonieux de nos sociétés.

Car en réalité, l’autonomisation de la femme passe par l’acquisition de garanties juridiques lui permettant de participer aux secteurs  essentiels de la vie sociale, économique et politique. Autrement, l’autonomisation de la femme passe par des réformes juridiques et des changements politiques que ce soit à l’initiative des pouvoirs publics ou du fait des groupes de pression sociale, sans négliger à plus long terme l’évolution progressive de la société.

Pour notre part, au Togo, j’estime qu’on  peut que se féliciter  que les femmes ont acquis des capacités pour apporter aujourd’hui leur contribution au développement du pays au niveaux économique, social, politique, familial, médical etc. Lorsque nous échangeons avec les femmes, dans le cadre des rencontres périodiques, nous nous rendons merveilleusement compte qu’elles sont pleines de motivation, disposées à apprendre des autres. Plus encore, nous les trouvons très ouvertes à s’engager dans de nouvelles activités, telles que la transformation ou la commercialisation des produits. C’est là où vous comprenez qu’au fond, elles sont préoccupées par la nécessité de créer de meilleures conditions de vie pour leur famille. En clair, l’autonomisation de la femme contribue indéniablement au développement économique et à la réduction  de la pauvreté.

Au fait l’aboutissement heureux du  processus d’autonomisation de la femme au Togo a été possible sous le leadership du chef de l’Etat S.E.M Faure Essozimna GNASSINGBE. Très tôt, sous ses hautes impulsions, le Gouvernement a mis en place un  cadre législatif et réglementaire favorable à l’épanouissement de la femme. Cette volonté  s’est traduite notamment par l’adoption  de deux textes législatifs. D’un côté, le code des personnes et de la famille qui donne l’égalité des droits aux hommes et aux femmes dans le ménage. En effet, c’est à l’homme et à la femme d’assumer de concert, le rôle de chef de famille. Le deuxième exemple est fourni par le code électoral qui propose la parité homme-femme aux postes électifs. Cette disposition a permis d’enregistrer une très forte implication des femmes dans la vie politique. Tout récemment, le chef de l’Etat a décidé d’attribuer un quota de 25% des marchés publics aux femmes et aux jeunes. Sur ce dernier point, d’autres mécanismes d’inclusion économique et sociale ont été initiées pour améliorer le pouvoir économique des femmes. C’est le cas du Fonds National de la Finance Inclusive (FNFI) qui permet aux femmes généralement exclues du système financier classique d’accéder aux crédits.

SPE : Vous avez été reçue par le Président égyptien AL SISSI, Président en exercice de l’Union Africaine. Quelle pourrait être selon vous la contribution de l’Egypte en faveur de l’autonomisation de la femme africaine ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Effectivement, nous avons eu l’honneur et le privilège d’être reçue par le président égyptien, son Excellence Monsieur Abbel Fattah Al Sissi qui est aujourd’hui le Président en exercice de l’Union Africaine. Nous étions porteurs d’un message du Président de la République togolaise, Son Excellence, Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE, à son homologue égyptien. Les points saillants de ce message tiennent essentiellement sur l’état de la coopération entre Lomé et le Caire. Le Togo a réitéré ses félicitations au Président Al Sissi pour son élection à la tête de l’ Union Africaine (UA) tout en se réjouissant de sa forte implication au niveau de l’UA et du conseil de sécurité des Nation Unies dans la recherche des solutions de paix, de sécurité collective ainsi que dans la lutte contre le terrorisme. L’engagement  et le leadership du Président Al Sissi dans la mise en œuvre de la zone de libre-échange en Afrique ont été également salués dans ce message du chef de l’Etat togolais à son homologue égyptien.

Nous avons profité de cette heureuse occasion pour exprimer au Président Al Sissi notre reconnaissance pour la cordialité de l’accueil et la chaleur de l’hospitalité réservées à la délégation togolaise. Nous avons bénéficié d’un  cadre de séjour très propice et des échanges de haut niveau.

Nous avons pu recevoir la vision stratégique globale du Président Al Sissi concernant le développement de notre continent. Cette vision accorde une attention particulière à l’autonomisation des femmes et des jeunes. Nous avons d’ailleurs constaté avec grand intérêt qu’il a œuvré pour une forte représentativité des femmes tant au parlement que dans les autres instances de l’Egypte. Au regard de son leadership et de son charisme, nous sommes convaincues que le Président égyptien, Président en exercice de l’UA, saura impulser une dynamique d’ensemble sur le continent. D’ailleurs, l’UA dispose d’une plate-forme institutionnalisée pour la promotion des femmes qui a pour responsabilité de transformer les politiques en actions concrètes.

Dans cette perspective, il est important d’assurer une mise en œuvre cohérente des plans d’action pouvant donner à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de  l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité. Point n’est besoin de se contenter d’adopter des politiques, il faut les faire appliquer effectivement. En effet, la plupart des pays africains ont ratifié nombre de Conventions internationales traduites en politiques relatives à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes, notamment la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979 et le Programme d’action de Beijing de 1995. C’est dans ce sens que s’inscrit la proposition de la Convention francophone de haut-niveau, lors de la 62e session en mars 2018 de la Commission de la Condition de la femme des Nations Unies, de mettre en place des mécanismes de suivi-évaluation des avancées réalisées. Il est simplement temps  d’activer les cadres nationaux, régionaux et internationaux, en impliquant les acteurs clés du développement dont les ministres techniques responsables de genre et de l’inclusion sociale, le secteur privé et la société civile.

SPE : Selon vous est-ce que le regard porté sur la femme africaine a changé aujourd’hui ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Il faut reconnaitre qu’il y a eu des avancées. Aujourd’hui, nos sociétés sont plus ouvertes au leadership féminin. Les femmes occupent de plus en plus des postes de responsabilité dans les hautes instances. Nous saluons la place importante accordée par le Président égyptien à la promotion de la femme dans sa politique. De même, mon élection à la présidence de l’Assemblée nationale de mon pays constitue une étape majeure de la politique de promotion de la femme togolaise initiée par le gouvernement. En effet, le Président de la République togolaise, Son Excellence, Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE accorde également une attention particulière à toutes les initiatives ayant pour finalité l’épanouissement de la femme. Cependant, beaucoup de défis restent à relever.

SPE : Quelle est donc votre vision sur les outils indispensables à l’émancipation des femmes en Afrique ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN:  Au-delà de tous les efforts que nos gouvernements font en termes de mise à disposition des ressources et de projets, nous pensons que la question de l’émancipation de la femme doit être vue en prenant en compte les contraintes liées à la nature même de la femme.  Nous sommes femmes et nous sommes heureuses de l’être.  C’est pourquoi nous sommes pour l’équité homme-femme.

Toute femme qui exerce une activité professionnelle a en plus de celle-ci d’autres missions. L’une de ces missions est de garantir l’épanouissement de son ménage et d’assurer l’éducation des ses enfants. Cela demande de l’énergie et de la disponibilité. C’est là que réside le double défi pour la femme : assurer les mêmes exigences professionnelles que l’homme tout en restant aussi compétitive que lui alors qu’elle doit intégrer des contraintes liées à sa nature. Voilà l’un des facteurs conduisant à l’épuisement professionnel des femmes mis en évidence et documentés par les chercheurs au cours de ces dernières décennies.

Pour cela, nous pourrons envisager entre autre, des programmes d’aide à la femme au plan organisationnel pouvant lui permettre de concilier vie professionnelle et vie familiale. Pour que la femme soit compétitive les Etats peuvent renforcer des structures d’accueil de la petite enfance ou la mise en place des cursus de formation aux métiers de la maison. Certes, les études soulèvent le problème d’emplois, mais le métier de personnel domestique pour venir en appui à la gestion de la famille demeure inexploité. Ce personnel doit être formé pour être une assistance efficace à la jeune femme qui veut faire une carrière professionnelle réussie. Pour n’explorer ici que ces orientations, l’autonomisation de la femme va passer par une meilleure connaissance des contraintes de la femme.

SPE : Lors de votre rencontre avec le Président du parlement égyptien Docteur Ali Abdel-Aal, vous aviez évoqué le renforcement des relations économiques entre les deux pays. Qu’est-ce qui sera fait en ce sens ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Nous nous réjouissons de la qualité des liens d’amitié et de coopération entre le Togo et la république Arabe d’Egypte. Au-delà du renforcement de la coopération parlementaire entre nos deux pays, nous jugeons nécessaire de renforcer la coopération entre le Togo et l’Egypte dans bien d’autres domaines. Ainsi nous avons exprimé le vif souhait que des investisseurs égyptiens puissent saisir les opportunités d’investissement qu’offre notre Plan National de Développement (PND) 2018-2022.

 SPE : Quel est aujourd’hui l’état de la coopération entre le Togo et l’Egypte ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Nos deux pays entretiennent d’excellentes relations d’amitié et de coopération depuis près de six décennies. De nombreux accords ont été signés dans le domaine de l’éducation,  l’habitat, la culture, la communication, l’agriculture et la santé. Aux termes de ce dernier accord, les médecins égyptiens formeront leurs homologues togolais en cardiologie et néphrologie. L’accord prévoit aussi la construction d’une usine de produits pharmaceutiques et la fourniture d’un hôpital mobile destiné aux populations vivant en milieu rural. Il prévoit aussi la construction d’un hôpital, financé par le Caire et composé d’une équipe mixte de spécialistes dans la gestion des urgences, des soins aux grands brûlés, en néphrologie, cardiologie, transplantation, hémodialyse et en urologie. Aujourd’hui il est question de renforcer ces acquis et d’explorer de nouveaux secteurs de coopération. C’est dans ce cadre qu’une forte délégation togolaise conduite par Son Excellence, Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE a séjourné au Caire du 10 au 14 avril 2016. Au cours de cette visite, le Chef de l’Etat  togolais a échangé avec les responsables d’AFREXIM BANK et d’autres opérateurs économiques. C’est le lieu pour nous de saluer le professionnalisme du personnel de l’Ambassade d’Egypte au Togo dans la dynamisation de cette relation de coopération.

SPE : Après votre entretient avec le Président Al SISSI, vous avez déclaré que l’Egypte est un modèle qui peut inspirer l’Afrique. Que peut-on comprendre à travers cette idée ?

Mme Chantal Yawa TSEGAN: L’Egypte regorge de riches expériences qu’elle peut partager avec l’ensemble de l’Afrique dans divers domaine comme  la lutte contre le terrorisme, la communication, le tourisme, la santé, l’éducation, les infrastructures, la formation professionnelle, etc. Sur le plan historique, culturel et le dialogue des religions, l’Egypte reste également une référence.

SPE : Votre mot de fin.

Mme Chantal Yawa TSEGAN: Nous avons noté les progrès impressionnants enregistrés par l’Egypte dans divers domaines. Nous restons convaincus que le renforcement de la coopération bilatérale sera mutuellement bénéfique pour nos peuples.

Nous réitérons notre profonde gratitude aux plus hautes autorités de la République arabe d’Egypte pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité dont nous avons bénéficié durant notre séjour.

Vive la coopération sud-sud égypto-togolaise.